D’abord, il y a la musique des mots. Dans mon précédent article sur la polyphonie de l’écriture, j’ai partagé ma sensibilité, mon attention à créer l’harmonie et le rythme d’une phrase. Dans ce prénom, j’ai voulu trouver l’équilibre entre force et souffle. Avant même qu’ils ne comprennent la signification, je voulais que mes lecteurs ressentent la musique de ce prénom. Les sonorités – c’est ce que je crois – provoquent des réactions émotionnelles immédiates.
Dans mes recherches, je voulais éviter les consonnes tros dures. Avec sa structure symétrique et ses deux « A » très ouverts, séparés par le souffle du « H », expiré en langue arabe, Maha est un prénom qui palpite. J’aime la façon dont il commence par un « M » rassurant, presque maternel, pour s’ouvrir immédiatement sur une sonorité aérienne, suspendue entre un soupir profond et la clarté d’un cri. Le prénom Maha parcourt tout un spectre émotionnel qui traduit, métaphoriquement, la dualité que je voulais donner à mon héroïne.
Ensuite, il y a l’étymologie des mots. Sa signification agit comme une boussole : Maha « celle qui voit, celle qui traverse »… Chaque prénom transporte avec lui des siècles d’histoire. Ainsi, l’étymologie est pour moi, et spécifiquement dans un roman où le poids de l’Histoire est confronté aux héritages, un vrai support, un outil d’écriture invisible, une ressource d’inspiration pour construire des personnalités.
En arabe, Maha désigne traditionnellement l’Oryx blanc, une antilope du désert réputée pour la beauté et la clarté de son regard. En choisissant ce prénom, je savais que mon héroïne serait celle qui voit. Mais, sa vision n’est pas seulement physique, elle est introspective. Pour construire son histoire, je l’ai mise face à des « exils intérieurs ». Comme l’Oryx qui survit dans l’aridité du désert, Maha fait preuve d’une résilience farouche. Le désert extérieur est devenu pour moi le miroir de sa géographie intime : un lieu de dépouillement, de solitude constructive, de mirages et, finalement, de révélation.
De la guerrière à la femme mature, Maha écrit la trajectoire du pardon parce qu’un personnage mémorable ne peut rester figé. J’ai voulu que le prénom de Maha accompagne, et même, prédise sa transformation tout au long du roman. Au début de mon récit, Maha est une guerrière. Elle combat, elle encaisse, elle résiste. Mais je ne voulais pas que sa force réside dans sa capacité à porter indéfiniment son bouclier. La véritable grandeur de mon héroïne réside dans son courage à déposer les armes. C’est un glissement de résilience : lutter, libérer, accepter avec souveraineté. Une combattante devient, pas à pas, une femme de paix.
Pour mon héroïne, nommer a été un acte de libération, la toute première pierre posée pour bâtir son univers. Lui donner ce prénom a tracé le contour de son chemin initiatique comme une boussole offerte à son destin. Mais, ce pouvoir que détient un auteur sur ses personnages interroge notre propre réalité. Au fond ! Sommes-nous devenus notre prénom ou est-ce lui qui s’est plié à ce que nous sommes ? Ce mot qui nous désigne avant même que nous sachions parler est peut-être la toute première fiction de notre existence…
Si votre prénom était le titre d’un livre…



