p1032488

Le pardon, l’art de déposer

Dans mon roman, je confronte mes personnages à « l’impossible pardon ». On imagine souvent cet acte comme un pont jeté vers l’autre, une main tendue ou une absolution. Mais, dans la réalité de nos trajectoires, le pardon est souvent bien plus solitaire. C’est ce que Maha croit et expérimentera.

Il existe une idée reçue très tenace. Pour avancer, il faudrait obligatoirement « pardonner » au sens d’excuser ou encore de renouer. Cette injonction peut devenir une seconde blessure. L’on se sent coupable de ne pas réussir à effacer la rancoeur, comme si notre progression était bloquée par ce refus. Pourtant… la paix ne dépend pas toujours d’un dialogue avec celui ou celle qui nous a blessé.e. C’est ce à quoi Maha est confrontée.

Abandonner la charge… Pardonner, c’est parfois simplement cesser d’entretenir le conflit en soi. Ce n’est pas un cadeau que l’on fait à l’autre, c’est une décision que l’on prend pour sa propre économie émotionnelle. Si le « pardon réconciliation » est un acte à deux et demande une confiance restaurée, le « pardon libération » est d’une autre nature. C’est un acte envers soi-même. Décider de ne plus porter la responsabilité de la faute commise par un autre.

Alors, Maha décide de reprendre le fil de son histoire. Saura-t-elle choisir cette forme de pardon ? Elle sait intimement, viscéralement qu’elle doit reprendre sa souveraineté, sa légitimité. Un acte d’émancipation. Maha acceptera-t-elle que certains chapitres puissent finalement se terminer sans résolution joyeuse, sans excuses, mais aussi, sans que la colère ne devienne son seul moteur ?

Est-ce là que nos trajectoires se libèrent ? Non pas parce que le passé a changé mais parce qu’il a cessé d’être un poids mort. Se réapproprier le récit, non plus comme une victime en attente de réparation mais comme une autrice qui décide de ce qui mérite d’être écrit ensuite.

2 réflexions sur “Le pardon, l’art de déposer”

  1. On est tous un peu, beaucoup MAHA… Le pardon libération… un rêve, un chemin vers soi, … de la douleur, … La suite

    1. Merci Rachida pour cette réflexion en points de suspension. Ce qui nous engage et nous libère, une suite que vous laissez entrevoir… apaisée je l’espère, quand la douleur est déposée, dépassée, délaissée… Je vous remercie encore, Linda

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Retour en haut