l’art de la polyphonie en approche narrative : écrire son histoire dans l’Histoire

Notre identité n’est pas un bloc monolithique. Elle ressemble à un roman d’une complexité infinie où s’entrechoquent nos voix intérieures, les fantômes du passé et le poids de la culture. En coaching et pratique narrative, comme dans l’écriture romanesque, c’est un même constat ; nous sommes trop souvent prisonniers d’une « monophonie », un récit unique et saturé par le problème qui dicte sa vérité. Pourtant, emprunter le concept littéraire de polyphonie — la coexistence de plusieurs voix indépendantes et égales — ouvre une voie de libération. C’est l’art de remettre le passé au présent pour transformer une cacophonie intérieure en un chœur apaisé.

Le récit monophonique, nommé « dominant » en approche narrative, agit comme une voix tyrannique qui s’approprie le micro intérieur, utilise les traumatismes ou les échecs passés pour condamner l’avenir et se fait passer pour notre seule identité. Dans la trajectoire d’une vie, cette voix est parfois nourrie par les silences de l’Histoire, les non-dits familiaux ou les attentes écrasantes de la lignée. L’accompagnement narratif commence lorsque l’on aide la personne à comprendre que cette voix forte n’est pas elle, mais une histoire, parmi d’autres, qui a pris toute la place.

La polyphonie implique donc que d’autres voix subsistent, tapies dans l’ombre du récit principal. Ce sont les récits dits alternatifs, ces moments de résistance, de dignité ou de douceur que le problème a tenté d’effacer.

Pour les déployer, il faut parfois oser un voyage à rebours comme le fait Maha. Revisiter l’histoire de sa vie dans la grande Histoire permet de contextualiser nos fardeaux. En ramenant le passé au présent, on ne cherche pas à changer les faits mais à modifier notre relation avec eux. C’est là que le dialogue s’ouvre : en tendant l’oreille, on découvre des initiatives manquantes, des forces oubliées et des nuances qui redonnent de l’épaisseur à notre existence.

La véritable puissance de la polyphonie narrative se révèle lorsqu’elle devient intergénérationnelle. Nos voix intérieures sont souvent peuplées des voix de nos parents, de leurs attentes, de leurs blessures ou de leurs silences.

Faire œuvre de polyphonie, c’est redonner activement la parole à ces figures du passé, et spécifiquement, dans mon roman, à la figure paternelle. Non pas pour excuser, mais pour comprendre l’homme derrière le père, situé lui aussi dans les tumultes de son époque. En reconstituant son propre récit, en lui redonnant sa voix et sa juste place dans l’Histoire, Maha a ainsi opéré un déplacement majeur. Elle a effacé le blâme pour laisser place à une fine compréhension, ouvert un dialogue intérieur, déposé un fardeau transgénérationnel qui ne lui appartient plus.

Qu’il s’agisse de la quête d’une héroïne de roman se réappropriant son héritage ou d’un client de coaching redessinant son avenir, le but reste le même : passer du statut de spectateur passif d’une histoire subie à celui d’auteur d’une œuvre polyphonique. En libérant les voix étouffées, en faisant dialoguer le passé et le présent, nous n’effaçons pas l’Histoire : nous écrivons enfin notre propre version de la liberté.

Maha est une belle histoire de femme. Percutée par un événement, un poème reçu à titre posthume, elle décide de retourner sur ses pas, de retrouver le fragment manquant de son histoire. Une histoire polyphonique que je vous invite à découvrir.

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