Un fragment manquant
Maha est née en 1960 dans le nord de la France. Rien que de très banal. Sa petite enfance est celle d’une classe populaire, dans la simplicité et les permissions d’une vie forgée autant à la maison que dans la rue où les enfants du quartier grandissent ensemble. Maha ne sait pas que sa naissance est d’ores et déjà frappée d’une honteuse singularité. Un drame est noué. Son père est un enfant de l’immigration, une terre colonisée de Méditerranée, l’Algérie. En 1962, ce pays réclame son indépendance. Maha traversera des frontières ; familiales, identitaires, culturelles, géographiques… pour trouver et forger sa propre identité, pour prendre son héritage, pour documenter son histoire, pour comprendre ce qu’est l’exil et la remigration ; « El Ghorba ». Ce ne sera jamais sans meurtrissures, sans révoltes, sans questions, sans passion.
Maha nous entraine dans un feedback nécessaire, car la sérénité qu’elle croyait acquise en devenant adulte, après un long et fier chemin de vie, s’effondre sur un poème de son père, reçu anonymement, à titre posthume. Comme une fêlure, une trahison. Maha remet le passé au présent, le revisite et donne voix et place à d’autres récits. Simone, Hocine. Ses parents lui racontent leur propre histoire. La seconde guerre, celle de l’Algérie ; les privations, les combats ; l’orgueil, vissé au coeur. Les deuils et les pardons, leur exil… C’est un retour en arrière, et c’est un chemin de résilience. C’est un chemin de réconciliation. C’est une histoire de femme, puissante et vulnérable. Maha retrouve le fragment perdu de sa propre histoire. Il n’est de fatalité qu’on ne puisse déplacer.



